Lundi 1er avril, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Marine Le Pen à quatre ans de prison, dont deux ferme aménageables sous bracelet électronique. Mais c’est surtout la peine d’inéligibilité immédiate, d’une durée de cinq ans, qui a marqué les esprits. En cause : sa condamnation pour détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires européens, aux côtés de huit coaccusés.
Les juges ont décidé d’exécuter cette peine sans attendre l’issue d’un éventuel appel. Le risque ? Voir une personnalité politique condamnée se porter candidate à de hautes fonctions, voire être élue, en dépit d’une condamnation pénale. Une perspective que le tribunal considère comme un « trouble irréparable à l’ordre public démocratique ».
Une justice prudente mais déterminée
Dans ses attendus, le tribunal reconnaît la « délicate conciliation » entre le droit à un double degré de juridiction et la nécessité d’éviter un vide juridique dans l’intervalle. Il assume le risque que cette inéligibilité puisse, éventuellement, être annulée en appel.
Mais face à « l’impunité revendiquée » par les prévenus et à l’absence de reconnaissance des faits, les juges ont opté pour une exécution immédiate, estimant que le danger de récidive était bien réel. Ce choix est présenté comme une mesure de sauvegarde, « proportionnée aux objectifs à valeur constitutionnelle ».
Un système de défense décrié
Le tribunal a fustigé l’attitude de Marine Le Pen et de ses coaccusés, soulignant leur refus systématique de reconnaître les faits. Aucun d’eux n’a manifesté, selon les juges, une réelle prise de conscience ni du délit commis, ni de la responsabilité éthique liée à leur fonction.
Les magistrats critiquent un système de défense fondé sur une « conception narrative de la vérité » et sur un « mépris des règles du Parlement européen ». Certains des prévenus, pourtant juristes ou avocats, sont accusés d’avoir adopté une posture qui « nie jusqu’aux évidences », y compris leurs propres écrits.
Le spectre de 2027 dans le viseur
Marine Le Pen n’a jamais caché ses ambitions pour l’élection présidentielle de 2027. Cette perspective a pesé dans la décision du tribunal. Il juge « irréparable » le trouble qu’occasionnerait une éventuelle élection d’une candidate condamnée pour détournement de fonds publics.
Le message est clair : dans l’attente d’une éventuelle confirmation ou infirmation en appel, la justice préfère bloquer tout retour dans l’arène politique. Une décision rendue, souligne le tribunal, « au nom du peuple français dans son ensemble ».