Le dossier du viol présumé d’une avocate française à Casablanca, impliquant les fils de figures économiques influentes, connaît un rebondissement. Un nouvel enregistrement audio, transmis à la justice, jette le doute sur la version initiale des faits et pourrait peser lourd dans les prochaines décisions judiciaires.
Le juge d’instruction près la Cour d’appel de Casablanca a récemment reçu le procès-verbal de transcription d’une conversation enregistrée par le Bureau national de lutte contre le terrorisme et le crime organisé. L’enregistrement, long de 9 minutes et 56 secondes, documente un échange téléphonique entre la plaignante, son fiancé marocain – identifié sous le nom de « Amin N » – et un tiers. Ce dernier aurait agi à la demande du père du fiancé, aujourd’hui incarcéré pour diffamation contre un membre de la défense.
Les faits remontent à une soirée dans une villa cossue d’Ain Diab, organisée par le principal mis en cause, « Kamil B ». Le lendemain, la conversation, captée à l’insu de l’avocate, livre des détails troublants sur le déroulé de la soirée.
Selon des sources proches de l’enquête, l’échange fait état d’une attitude jugée ambiguë de la plaignante envers « Kamil B », et d’éléments pouvant suggérer une relation consentie. Le fiancé y évoque une scène où l’avocate aurait été assise sur les genoux de l’accusé, l’enlaçant, avant de le rabrouer lorsqu’il a tenté de la faire s’éloigner.
L’enregistrement révèle aussi les doutes de l’avocate sur ce qui s’est passé. Elle évoque une possible drogue, notamment de la cocaïne, mais admet ne se souvenir de rien. Le fiancé conteste cette hypothèse, pointant un manque de prudence et refusant de parler de viol. Un échange houleux s’ensuit. Lorsqu’un troisième interlocuteur lui demande si elle estime avoir été agressée, elle mentionne des douleurs et une intention de se faire examiner, tout en niant toute trahison envers son compagnon.
Ce rebondissement intervient alors que l’affaire semblait s’essouffler. Vendredi dernier, lors d’une confrontation judiciaire, la plaignante a surpris la défense en disculpant deux des mis en cause, « Mohammed L » et « Saad S ». Elle a réitéré son soutien aux déclarations disculpant « Kamil B », affirmant qu’aucun des trois ne lui avait fait de mal cette nuit-là.
L’enregistrement, exhumé après avoir été supprimé puis récupéré par les enquêteurs, s’annonce désormais comme une pièce clé. Il a été transféré sur un support numérique accompagné d’un procès-verbal et remis au juge d’instruction.
Reste à savoir si ce nouvel élément suffira à réorienter une enquête aussi sensible que médiatisée. Le dossier est loin d’avoir livré tous ses secrets.