Ce devait être un grand soir de football. Un quart de finale de Ligue des champions africaine, une affiche attendue entre l’ AS FAR et Pyramids FC, et des supporters marocains venus de loin pour faire entendre leur passion. Mais au Caire, le football a cédé la place à la frustration. Et dans les tribunes, le silence des absents a pesé lourd.
Mardi, des dizaines de fans de l’AS FAR, venus soutenir leur équipe dans l’antre du stade du 30-Juin, ont été interdits d’entrée. Billets en main, cœurs battants, ils se sont pourtant heurtés à des barrières de silence et de mépris. Ce n’est qu’à la mi-temps, après une vague de protestations et l’intervention impuissante de l’ambassadeur du Maroc, que les portes leur ont été entrouvertes. Trop tard. L’humiliation, elle, avait déjà gagné les gradins.
Les groupes ultras du club, à l’image de la Curva Che, n’ont pas mâché leurs mots. Dans un communiqué incisif, ils parlent d’un « comportement barbare » des forces de sécurité égyptiennes. Pour eux, ce refus d’accès ne relève pas d’un simple dysfonctionnement. Il symbolise un mépris clair. Une offense à la dignité de ceux qui, drapeau en main, voyagent pour défendre les couleurs de leur club et, par extension, celles de leur pays.
Le club des FAR n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué officiel, il a dénoncé un « grave manquement » aux règlements de la CAF, soulignant avoir entrepris toutes les démarches nécessaires pour garantir aux supporters leur droit d’accès au stade. En vain. Le club égyptien de Pyramids n’a mis à disposition que 100 billets, loin des 1 500 places règlementaires que prévoit la CAF — soit 5 % de la capacité du stade.
Face à ce traitement, l’AS FAR a saisi la CAF et la direction du club adverse. Une directive officielle a même été émise par l’instance continentale pour corriger le tir. Résultat ? Cent billets supplémentaires, insuffisants, et une tension qui s’est muée en désordre. Une gestion qui aurait pu virer au drame.
Au Maroc, ce traitement ne passe pas. Et un mot revient dans toutes les bouches : réciprocité. Si l’accueil réservé aux supporters marocains au Caire frôle l’hostilité, pourquoi maintenir une hospitalité sans conditions à l’égard des clubs et fans égyptiens sur le sol marocain ? Les ultras du FAR n’hésitent pas à le dire : « Il est temps de répondre œil pour œil. »
C’est une demande forte, qui dépasse les terrains. Elle interroge le rôle des autorités diplomatiques dans la protection de leurs citoyens, même lorsqu’ils ne sont que de simples fans en déplacement. Elle questionne aussi la capacité des institutions sportives à garantir un minimum de respect entre nations, dans un tournoi continental censé unir au-delà des rivalités.
Le contexte ne pouvait être plus tendu : une défaite lourde (4-1) à l’aller, une atmosphère électrique, et désormais une tension diplomatique qui plane sur le retour. Mais au-delà du score, ce sont les principes qui sont en jeu. Car ce que les supporters de l’AS FAR demandent, ce n’est pas une revanche, ni un traitement de faveur. C’est d’être traités en supporters, en citoyens. Ni plus, ni moins.
Dimanche prochain, le Maroc accueillera le match retour. Les regards seront braqués non seulement sur la pelouse, mais aussi sur les tribunes. Y aura-t-il un geste ? Un rappel ferme ? Un signal, au moins, que la passion ne doit jamais être muselée aux frontières de l’arbitraire ?
À défaut de buts, c’est peut-être là que se jouera la vraie victoire.