« Shakespeare El Bidaoui », un film sur l’amour au Maroc, en darija (entretien)

« Shakespeare El Bidaoui », un film sur l’amour au Maroc, en darija (entretien)
Source : Lesiteinfo.com
11/01/2017 00:00

Comédien, metteur en scène, Ghassan El Hakim est à l’affiche du dernier film de Sonia Terrab, Shakespeare El Bidaoui (Shakespeare à Casablanca), premier épisode d’une série documentaire consacrée à l’amour, diffusée par 2M. Le public Casablancais l’a rencontré mardi 10 janvier 2017, à l’Institut Français, dans une adaptation théâtrale d’un roman de Mohammed Khaïr-Eddine. Il nous livre un entretien exclusif.  

Le Site info : 2M a diffusé dimanche 1er janvier le film documentaire de Sonia Terrab consacré à votre troupe théâtrale, JAA. On vous y voit diriger de jeunes comédiens s’apprêtant à interpréter une pièce de Shakespeare. Comment est né ce double projet théâtral et cinématographique ?

GH : Le projet du documentaire est né d’une rencontre en février 2016 avec Sonia Terrab (la réalisatrice) suite à un concert de Cheikh Ghassens à l’Institut Français de Casablanca. On s’était déjà croisés une fois à Paris quand je résidais là-bas, je la connaissais comme écrivaine.Elle m’avait parlé d’une commande de 2M pour réaliser un film sur l’amour au Maroc. Sonia m’avait fait part de son désir d’aborder ce thème à Casablanca et de faire de la ville un personnage principal, présent tout au long de l’histoire et montré dans tous ses états. L’idée m’a beaucoup plu, surtout que c’est en Darija. Des sujets qui m’intéressent beaucoup dans ma recherche théâtrale.

Le Site Info : Votre choix s’est porté sur une comédie féérique du dramaturge anglais : Le Songe d’une nuit d’été, traduite pour l’occasion en darija. Les comédiens résument l’intrigue en mettant en avant la fuite des amants dont l’amour n’est pas accepté par leur famille respective. Pour quelles raisons avez-vous préféré cette pièce au drame de Roméo et Juliette ?

GH : J’ai toujours rêvé de travailler sur un texte de Shakespeare, certes Roméo et Juliette est la plus connue des tragédies abordant ce thème léger (selon les dires de l’auteur lui-même) mais Le Songe d’une nuit d’été correspondait plus à mes choix d’adaptation et de mise en scène. En effet, la plupart des scènes se jouent à l’extérieur et se passent pendant l’été, un cadre spatio- temporel idéal pour faire du théâtre au Maroc, vu le manque de salles réservées uniquement à cet Art. On avait toute la ville pour répéter et remplir les lieux de la parole poétique de Shakespeare.

Le Site Info :  Le documentaire vous voit arpenter, en compagnie de votre troupe, les rues de Casablanca, en période estivale. Les passants que vous interrogez au sujet de l’amour mettent souvent en avant le sentiment de frustration qui est le leur devant l’expression du désir amoureux. Une comédienne fait ainsi remarquer la richesse de la darija concernant un lexique des sentiments peu utilisé, quand il n’est pas méconnu. Que vous ont apporté ces rencontres improvisées avec les casablancais ?

GH : Les rencontres avec la population casablancaise furent enrichissantes, ça nous a permis de rester connecté à la réalité de la société et de ne pas trop nous éloigner de notre sujet premier : trouver un langage propre au marocain avec lequel ils expriment leur sentiment amoureux, et s’en servir pour perfectionner notre traduction. Nous avons découvert un public assoiffé de parole ; nous avons rarement été confrontés au refus et à l’indifférence, enfin, les fois où cela s’est produit nous avons su rebondir sans fléchir. ...


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