« Paul Biya n’est pas le président du Cameroun réel »

« Paul Biya n’est pas le président du Cameroun réel »
06/01/2017 14:45

Notre chroniqueur s’insurge contre le discours de vœux du président camerounais qu’il juge déconnecté du quotidien de ses concitoyens.

 

Deux jours avant la trente-troisième présentation des vœux présidentiels au peuple camerounais du 31 décembre 2016, je me suis rendu dans un commissariat de Douala. Ayant vendu ma voiture quelque temps auparavant, je devais, ainsi que le prévoit la loi, faire légaliser le certificat de vente de cette voiture.

Après avoir été sèchement renvoyé chez moi parce que je portais un pantacourt (la chaleur est insupportable en décembre dans le pays), je suis revenu avec un pantalon. Je m’étais assuré d’avoir toutes mes pièces justificatives et acquitté de tous les timbres requis.

L’agent de police, une femme rugissante, n’a eu d’autre choix que de valider le document que je lui présente. J’appose enfin mon nom et ma signature dans ce gros registre bleu qui fleure bon le Moyen Age, soulagé d’en avoir terminé.

« C’est 10 000 francs ! me fait-elle tout à coup.

– Comment ça 10 000 ?

– Je dis que c’est 10 000 !

– D’accord, mais pourquoi 10 000 ? J’ai déjà effectué cette démarche et jamais je n’ai eu à débourser 10 000 francs CFA ! A quoi correspondent-ils ?

– Pourquoi tu discutes ? Ce n’est pas pour moi ! Si tu veux va te renseigner là-bas ! » Elle pointe son doigt en direction du bureau du commissaire.

Le bureau du commissaire est spacieux et climatisé, contrairement à la salle exiguë, chaude et lugubre qui sert de bureau à deux subordonnés. Il abrite une télé, en marche, et même un petit frigo. La classe. Je me présente et expose mon problème. Pourquoi ces 10 000 francs CFA [15 euros] ? Le policier me lance un regard noir, un léger frisson parcourt mon corps.

« Tu ne sais pas que c’est comme ça ? me jette l’homme en bleu.

– Euh… Non, Monsieur le Commissaire. Je n’ai jamais payé ce montant alors que j’ai fait la même démarche récemment.

– Tu as fait ça où ?

– A Bonanjo [quartier administratif de Douala]. »

Au bout de trente secondes du même regard glaçant, sans rien dire, il m’arrache le formulaire des mains, le paraphe, et me le remet dans un geste plein de mépris : « Retourne voir ma collègue. » Ladite collègue, dont le bout du nez peine à retenir un déferlement de sueur, appose son cachet. C’est gagné ! Je suis reparti victorieux mais fou de colère et de frustration devant l’ampleur de la corruption et de l’impunité dans ce pays. ...


 

 


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