RD Congo : "L'accord reste le seul espoir pour redresser la situation"

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Source : France24 International
12/05/2017 13:00

Quatre mois après la signature d'un accord historique entre majorité et opposition en RD Congo, l'instabilité politique et sécuritaire perdure. Bob Kabamba, professeur en Sciences politiques à l’université de Liège, livre son analyse à France 24.

En République démocratique du Congo, la situation politique et le contexte sécuritaire se détériorent, quatre mois après la signature d’un accord entre la majorité et l’opposition censé permettre une transition pacifique, grâce à une cogestion du pays, jusqu’à la tenue de nouvelles élections fin 2017.

Le professeur en Sciences politique à l’université de Liège, en Belgique, Bob Kabamba, spécialiste du pays, estime que la tenue de ces élections est aujourd’hui compromise en raison d’une absence de volonté politique, d’un manque de financement mais aussi d’une situation sécuritaire très dégradée partout en RD Congo. Malgré tout, selon lui, l’application de cet accord reste aujourd'hui le seul espoir de stabiliser le pays.

France 24 : Abandon de la médiation par la Cenco, nouveau Premier ministre contesté par une partie de l’opposition, postes clés du gouvernement aux mains des proches du président Kabila, calendrier électoral toujours pas fixé. Un peu plus de quatre mois après la signature de l’accord de la Saint-Sylvestre entre l’opposition et la majorité, ce dernier est-il déjà caduc ?

Bob Kabamba : Tant que l’opposition et la majorité ne le diront pas, de manière formelle, il ne le sera pas. D’autre part, je ne pense pas que la communauté internationale va rester les bras croisés et assister à l’enlisement du pays. On peut également s’attendre à une pression populaire pour en obtenir l’application. Cet accord reste, à ce jour, le seul espoir pour redresser la situation. Évidemment, rien ne sera possible sans réelle volonté politique.

Croyez-vous encore à la possibilité d’élections législatives et présidentielle d’ici la fin de l’année ?

Clairement, il n’y a pas de volonté tangible de tendre vers des élections. Dans la perspective de scrutins fin 2017, les partis devraient déjà être mobilisés, avoir des candidats, tenir des congrès pour nommer un candidat à la présidence, mais ce n’est pas le cas. Par ailleurs, la RDC n’a pas les moyens de les financer. Malgré les décaissements du gouvernement, les caisses sont vides et je vois mal comment ils vont trouver un milliard de dollars pour les organiser. Ensuite, il y a le problème des déplacés internes qui sont de plus en plus nombreux. L’ONU parle de plus de 3 millions de déplacés internes, ce qui signifie que la carte électorale est redessinée, ce qui aura un impact sur la répartition des sièges. Je suis sûr que beaucoup de politiciens n’accepteront pas cette nouvelle répartition.  Enfin, dans un contexte d’affaiblissement de l’État, je ne vois pas comment on pourrait organiser des élections. La violence s’est généralisée. On a l’impression que la RDC est en train de redevenir un fromage gruyère où l’État est absent de beaucoup d’endroits et où les milices armées prolifèrent.

Des dizaines de prisonniers politiques demeurent en détention, au moins cinq médias proches de l'opposition restent fermés, et le signal de Radio France Internationale (RFI) est bloqué à Kinshasa depuis six mois, rappelle Human Rights Watch. Assiste-t-on à un durcissement du régime de Joseph Kabila ?

Depuis quelques mois, l’espace démocratique est en train de se rétrécir. Les indicateurs de ce rétrécissement se font de plus en plus nombreux. Les manifestations ne sont plus autorisées dans la plupart des villes ou elles sont durement réprimées. Les permanences de certains partis politiques ont été attaquées. Au fur et à mesure que l’année passe, on a effectivement l’impression que ce régime est plus policier et sécuritaire que démocratique. Le dernier rapport de l’ONU est assez clair, il indique que ce sont les autorités de la RDC qui sont responsables de la majorité des exactions.

L’opposition congolaise est divisée depuis la disparition d’Étienne Tshisekedi, son leader d’opposition décédé en Belgique le 1er février. Quel est l’impact de ces divisions internes sur la situation politique du pays ?

On est dans une dynamique de politique du ventre, un terme de politologie déjà décrit par plusieurs auteurs. Lorsque vous ne mangez pas, au sens politique, vous allez dans l’opposition. Lorsque l’on vous fait manger, vous rejoignez la majorité. Malheureusement, l’opposition congolaise n’échappe pas à cette règle. Cela entretient un flou, on ne sait plus qui est dans l’opposition et qui ne l’est pas. C’est une situation qui avantage le régime de Kabila.

De quels leviers dispose la communauté internationale pour faire pression sur la majorité présidentielle ?

Trois choses. D’une part, renforcer le mandat de la Monusco, en lui permettant d’avoir la main sur le calendrier électoral et lui permettre d’en accompagner la mise en œuvre. Ensuite, il existe la possibilité de pouvoir sanctionner des personnes qui entravent le processus démocratique, qui sont désignées dans différents rapports diffusés par les ONG, par l’ONU ou par la Monusco elle-même. Dernier élément, les pays voisins, l’Angola, le Rwanda, le Congo Brazzaville et même la Tanzanie peuvent exercer une pression sur le régime de Kinshasa pour qu’il accepte de mettre en œuvre l’accord. La combinaison de ces mesures pourrait, à mon sens, faire avancer les choses en RDC. ...


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